De Bruxelles à Oulan Bator: premier bilan de voyage

Nos “Sixglobetruckers” dressent pour nous le bilan de leurs 6 premiers mois d’aventures qui les ont menés de Bruxelles en Sibérie, en passant entre autres par la Turquie, L’ouzbékistan, le Kazachstan et la Mongolie.

L’art de bien se préparer

Après avoir rencontré plusieurs familles de voyageurs nous avons toujours entendu la même chose : « C’était vraiment la course au moment du départ ! » … pour nous aussi… une grosse course ! Personne ne semble vraiment prêt… mais plus on est prêt mieux c’est ! En route tout est plus compliqué : faire une photocopie peut prendre une demi-journée… nous n’avons toujours pas posé notre plancher en vinyle acheté avant le départ et stocké sous un lit depuis tout ce temps ! D’une manière générale nous avons beaucoup moins de temps que ce que nous avions imaginé : l’intendance prend bien plus de temps que lorsqu’on est installé dans une vraie maison, et il y a toujours trop de choses à découvrir dans chaque pays. En particulier pour les pays visités avec des visas – pour lesquels nous sommes tenus par un calendrier – et pour laisser de la place au repos et à l’impromptu (une invitation, une réparation, etc.) … autant ne pas trop charger le programme depuis le départ !

Le camion 

Ouzbékistan6Concernant l’aménagement du camion nous aurions préféré avoir moins de poids en hauteur pour diminuer le risque de se renverser sur le côté lors de fortes inclinaisons latérales de la route. Nous aurions d’ailleurs préféré avoir moins de poids tout court pour préserver d’avantage nos amortisseurs… Nous avions plutôt bien préparé le froid avec des chauffages au fuel dans la cabine et dans la cellule, un poêle à bois (qui nous a beaucoup servi), et des duvets confort -10°C (aussi très utiles), mais nous n’avions pas assez prévu le chaud !
Avec une canicule à Tachkent et 49 °C dans le camion ou la chaleur humide de Bandar Abbas nous avons réellement souffert du « trop chaud ». Un système d’air conditionné ou de bons ventilateurs nous auraient surement été profitables. Les aménagements solides que nous avons construits nous-mêmes dans le camion ont plutôt bien tenu excepté les charnières achetées dans les magasins de bricolage habituels : aucune n’a résisté aux pistes.

Douches et sanitaires

Nous avons eu l’occasion de visiter beaucoup de véhicules aménagés pour de longs voyages et la plupart n’ont pas de douche. Celle qui était déjà installée dans notre camion lorsque nous l’avons acheté ne nous a servie qu’une seule fois ! Le lieu est surtout devenu un endroit de stockage… Si nous avions eu une douche chaude nous nous en serions peut-être d’avantage servi, mais ce n’est pas sûr. En réalité la toilette du quotidien est une « toilette de chat » au gant ou avec des lingettes, et nous avons toujours trouvé sur la route le moyen de prendre des douches sans avoir à charrier de gros bidons d’eau. Des thermes dans les Balkans, des hammams en Turquie, des invitations en Iran nous donnant accès aux salles de bain de particuliers, des auberges (obligatoires) en Ouzbékistan, des lacs au Kirghizstan et au Kazakhstan, des auberges de jeunesses où nous ne payons que la douche en Russie… à chaque pays sa solution en fonction des saisons !

Ne pas se surcharger

Logistique eauComme pour n’importe quel autre voyage nous sommes partis avec beaucoup trop de choses… que nous avons finalement donné au fur et à mesure ! Trop de casseroles, trop de chaises pliantes, trop de jeux, trop de chaussures, etc. Par contre nous n’avons pas pris assez de petits cadeaux légers à offrir (cartes postales, mignonettes de chocolat ou autre). Nous avions pris beaucoup de dollars mais pas assez, ils sont vraiment utiles tout au long du voyage. Nous n’avons pas pris assez de PC portables, nous nous battons pour le seul emporté : un pour chaque parent et un pour les enfants aurait rendu le voyage plus confortable. Le groupe électrogène ne nous a jamais servi pour le moment. Pouvoir imprimer avec notre petite imprimante est un réél plus ! En revanche il faut penser à prendre un bon lot de cartouches de rechange, ailleurs on ne retrouve pas les mêmes séries de cartouches. Quant à la nourriture nous n’imaginions pas que certaines bases nous manqueraient autant : pain, chocolat, fromage, charcuterie, vin, moutarde, sauce pesto… autant de denrées introuvables – ou mauvaises ou hors de prix – dans les pays que nous avons traversé. Nous aurons beaucoup de plaisir à retrouver une bonne baguette et un bon croissant au retour !

Mécanique et pièces de rechange

Pour l’aspect mécanique nous aurions probablement pu attendre un peu pour placer/changer certaines pièces en cours de route et faire ainsi de belles économies ! Le prix de la main d’œuvre mécanique étant très différent en fonction des pays… En revanche il faut bien s’approvisionner en pièces avant de partir au risque de devoir se faire envoyer de lourdes pièces introuvables ailleurs qu’en Europe par une société de transport express. Nous avons bien failli avoir recours à cette solution pour un amortisseur à Irkoutsk. Les contacts créés avant le départ avec de bons mécaniciens qui connaissent notre véhicule se sont avérés bien utiles pour des conseils réguliers. De même, les petites vidéos créées avec eux avant le départ, des « auto-tutoriels », nous ont aussi servi : pour graisser le moteur nous-mêmes au bout de 20.000km par exemple.

Un seul chauffeur ?

Concernant la conduite, nous nous demandions avant le départ si un seul conducteur suffirait… et c’est le cas. Conduire à deux est sans doute plus confortable mais on peut tout à fait faire le tour du monde avec un seul conducteur par véhicule, c’est le cas pour la plupart des voyageurs que nous avons rencontré. En revanche nous avons regretté de ne pas avoir pris un cours de conduite en 4×4 avant le départ, pour mieux savoir comment conduire sur de la « tôle ondulée », sur de la neige, dans de la boue… et mieux connaitre les limites du véhicule, en particulier lorsqu’il penche sur le côté.

Insécurité, santé et vaccinations

Au niveau de la sécurité nous ne nous sommes jamais senti en danger excepté dans les quelques taxis que nous avons dû prendre, partout ils conduisent trop vite et nous avons cherché à les éviter au maximum. Nous avons plutôt bien respecté notre règle de ne pas conduire de nuit à quelques exceptions près… C’est une de ces exceptions qui nous a valu de nous embourber à 22h en Mongolie… alors que nous aurions si facilement évité ce problème à faire la piste de jour.
Autre piège pour la sécurité : le changement d’itinéraire. Lorsque nous avions fait la consultation médicale du voyage avant le départ nous avions choisi nos vaccins en fonction d’un itinéraire prévisionnel… mieux vaut ne pas oublier de vérifier qu’il ne faut pas de vaccins supplémentaires en changeant ! Nous nous sommes laissés surprendre en traversant la Sibérie, imprévue dans notre itinéraire de départ, et où sévit l’encéphalite à tiques pour laquelle nous n’étions pas vaccinés. Comme pour l’aspect mécanique : avoir créé un réseau médical avec des personnes de confiance nous a aussi été utile. Lorsque notre dernière montrait des plaques rouges sur les membres quand nous étions sur l’ile de Qeshm en Iran, nous avons rapidement pu avoir un diagnostic rassurant de parvovirus avec de simples photos envoyées par watssap.

Rester connecté

OuzbékistanNous nous demandions avant de partir s’il était nécessaire d’acheter un GPS camion, or nous nous débrouillons sans depuis que nous sommes sortis d’Europe. Maps.me est de loin l’application la plus utile et connait même les pistes mongoles. Nous utilisons aussi iOverlander (pour les recharges de gaz ou d’eau potable entre autres), park4night jusqu’en Turquie, currency changer (pour avoir une conversion rapide en euros), google traduction lorsque le réseau internet est bon, watssap bien sûr pour garder le contact même quand la connexion internet est très ténue. Nous avons sans doute sous-estimé la mauvaise qualité du réseau internet de l’Iran au Kirghizstan et avons regretté de ne pas avoir téléchargé davantage de podcasts, films, musique, e-books, applications et cartes, en particulier ceux en lien avec les pays que nous traversons, avant de partir.

Un budget suffisant ?

Pour faire un rapide point budget, hormis l’achat du véhicule avant de partir nous comptions sur un budget de 2.500 euros par mois. C’est exactement ce que nous avons dépensé en moyenne (tout compris) pour les six premiers mois. En revanche notre maison louée sur Airbnb ne rapporte pas autant que nous l’aurions espéré et ne permet pas de couvrir notre emprunt… Nous comptions équilibrer le budget en Asie du Sud Est où la vie est moins chère mais notre nouvel itinéraire (Corée et Japon) est particulièrement onéreux ! Nous allons sans doute devoir trouver une solution financière pour couvrir ces nouvelles dépenses.

Voyager avec ses enfants

Travaux scolairesSur le fait de voyager avec des enfants, qui peut avoir tendance à inquiéter ou freiner beaucoup de monde, de notre côté nous sommes toujours surpris par leurs capacités d’adaptation ! Ils profitent du voyage, apprennent tous les jours des nouvelles choses, facilitent les rencontres… En revanche cela demande du travail aux parents ! Il faut s’en occuper 24h/24 sans possibilité de recours à un babysitter… Pour cette raison nous sommes contents que nos enfants aient entre 6 et 12 ans. Beaucoup voyagent avec des enfants plus jeunes et/ou des adolescents sans aucun problème mais il nous semble que cela rajoute des contraintes supplémentaires. Quelle que soit la structure familiale, toutes les familles que nous avons rencontrées, et cela vaut pour nous aussi, ont fini par trouver leur propre rythme, celui à partir duquel la mécanique roule sans trop de heurts. Nous veillons à laisser du temps pour qu’ils puissent se dépenser tous les jours (courir, nager, etc.) et du temps « pour ne rien faire ». Nous avons aussi gardé des contacts via watssap avec leurs meilleurs amis et envoyons des petites vidéos à leurs classes. Ces contacts semblent très importants pour eux !

Comme nous sommes partis au mois d’avril nous avons terminé l’année scolaire en cours sans aucune difficulté. Nous avions vu les professeurs avant de partir, ils nous avaient indiqué les manuels à acheter et certains nous avaient montré clairement ce qu’il fallait faire par semaine donnant une bonne idée du rythme à tenir. Ils nous ont même envoyé les examens de fin d’année scannés par mail ! Comme nous ne travaillons pas tous les jours (grande randonnée, passage de frontière, invitation, pistes trop mauvaises, trop chaud, etc.) nous avons d’emblée décidé de ne pas prendre de vacances, ni de WE. Nous travaillons pendant les temps de route, ce qui occupe d’ailleurs bien les enfants, et avons donc profité des pays à longues routes (Kazakhstan, Russie) pour donner un coup de boost aux apprentissages ! Inutile de préciser que les enfants apprennent aussi beaucoup de choses en plus que ce qu’exige le programme : ils ont maintenant de bonnes notions d’anglais, sont incollables sur les fleuves russes, peuvent par exemple expliquer les bases de la politique d’Atatürk, le voyage de Marco Polo ou les conquêtes de Gengis Khan.

Le mal du pays ?

Sibérie-Mongolie23Concernant le moral des troupes : nos proches ne nous manquent pas particulièrement car nous sommes en contact quotidien avec eux via nos téléphones et certains nous ont rendu visite. Nous avons aussi fait de nombreux amis sur la route… sans doute beaucoup plus de nouvelles rencontres en 6 mois que dans notre vie Bruxelloise ! Les enfants adorent leurs « lits cabanes » … et la maison ne leur manque pas particulièrement, savoir que nous y retourneront un jour semble leur suffire. La promiscuité pèse parfois, très rarement finalement, et nous organisons alors un « sas de liberté » (surtout pour les parents) : aller se balader tout seul, faire des courses tout seul, passer un long coup de fil tout seul, faire une activité tout seul… quelle qu’elle soit ! Nous avons régulièrement des inquiétudes inhérentes à ce genre de voyage (peur de la panne, de ne pas avoir tel visa, de prendre une route trop vertigineuse, etc.), et devons très souvent faire preuve d’adaptation, mais il semble que jusqu’à présent, pour chaque problème il y ait toujours une solution !

Nous sommes avant tout bien conscients de la chance que nous avons – et le prenons vraiment comme tel – de vivre une aventure unique, pendant autant de temps, à construire de bons souvenirs en famille, et d’aller de découvertes en découvertes !

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